LES QUATRE FILLES

On était quatre filles au parc Georges Brassens
Détaillant les passants, jalousant les trop minces
On était quatre filles un bel après-midi
Un sandwich à la main et des kinders pingouin


Parmi tous les badauds, on s’était mise d’accord
Y’en avait un surtout qu’avait un de ces corps !
Un grand gars blond cendré qu’avait rien de Tintin
Genre russe qui sait ? Sûrement pas chilien…

Cachées minutieusement derrière nos sandwichs
On lui mettait des notes, on affinait nos speechs
C’est pas tant qu’on voulait avec lui bavarder
Mais de l’imaginer ça nous faisait marrer !!

Et puis voilà t-y pas qu’il nous sort un bouquin
Et si notre Apollon était aussi malin ?
Les autres l’imaginaient médecin ou styliste
Comme ses yeux étaient verts, je votais pour fleuriste

Jamais lu un roman aussi hypnotisant
Y s’la jouait quand je lis je souris tout le temps
Nous, on était discrètes comme une potée au chou
Mangée sur la croisette un dimanche au mois d’août

On faisait moins les fières au parc Georges Brassens
Quand monsieur s’est levé, droit et fier comme un prince
Laquelle de nous quatre ? On croisait toutes les doigts !
Pourquoi j’suis pas venue seule ? S’il a du goût, c’est moi !

On a même pas eu l’temps de prendre la moindre pose
Il est passé d’vant nous pour cueillir une rose
Qu’il a offert ensuite à une cruche aux gros seins
Oubliant en passant son merveilleux bouquin

Un pauvre Hercule Poirot fut brûlé en plein jour
Dans un jardin public et les quatre filles autour
Levaient leur gobelet au nom de l’amitié 
Que rien du tout, ou presque, ne saurait dénouer !